
Un petit groupe de jeunes, tenues in, est déjà là, deux heures avant le début du spectacle. Devant les portes fermées de la salle Ibn Khaldoun, une affiche annonce le concert rap de Lotfi Double Kanon pour 21 heures. C'est l'événement de cette fin de semaine. Les responsables de l'Etablissement Arts et Culture, organisateur du concert, le savent. Le ton a été, en fait, donné en matinée lors du passage de Lotfi à la radio. Le standard a explosé sous les appels des fans. Ce qui augurait une soirée mouvementée. D'autant plus que le prix du billet fixé à 300 dinars est relativement abordable. De là à conclure que le jeune rappeur fera un tabac, il n'y a pas loin. Ce que firent les organisateurs et ils travaillèrent dans ce sens pour ne pas se laisser déborder et compromettre le déroulement du concert. La police est sur place pour encadrer l'entrée et parer à toute éventualité ou incident pouvant survenir dans un concert rassemblant des jeunes survoltés. Le premier groupe de jeunes filles, accompagnées, ne tardera pas à arriver.A 20 heures, les portes sont ouvertes. Personnel et responsables d'Arts et Culture, sous l'oeil vigilant de leur directeur, et agents de police, sous les directives de leur officier, canalise le public.
Après la fouille plus que nécessaire dans ce genre de manifestation, les jeunes entrent en ordre dans la salle où Amazigh Kateb chante Sabrina. La salle se remplit aux deux tiers avec la première vague de spectateurs et il en arrive encore. A une demi-heure du début du spectacle, on ne trouve plus de place. Des bancs sont installés pour ne pas laisser les spectateurs occuper les travées. Dehors, il reste encore du monde, beaucoup de monde, que les agents de l'ordre sont obligés de maintenir loin des portes. C'est qu'ils pourraient donner l'assaut, nous affirme un organisateur. A l'intérieur, ceux qui ont eu la chance d'accéder à la salle trouvent cependant que le temps s'allonge et que leur attente se prolonge. Aussi se cherchent-ils un défouloir. Le rythme gnaoui d'Amazigh fera l'affaire. Ça siffle et ça crie de toutes parts. Mais quand les excités en rajoutent une couche et menacent de dépasser les limites du chahut supportable, c'est Mohammedi, le directeur d'Arts et Culture lui-même, qui intervient pour y mettre de l'ordre. Fait rarissime sous ces cieux où le retard est une donne nationale, à 21 heures pile, le concert commence avec une intro balancée par les deux DJ.
Le temps que le public se mette dans l'ambiance et Lotfi s'annonce avec un tonitruant «Ouled Echaab rahoum h'na ?» (les enfants du peuple sont-ils là ?). Dans la salle, c'est le délire. Les premiers rangs se vident. Les jeunes entourent la scène. Ceux qui sont derrière se lèvent. On ne regarde pas un spectacle de rap confortablement assis ! Lotfi court le long de la scène en serrant les mains qui se tendent vers lui avant de se lancer sur un Love free style que tout le monde accompagne. S'étant mis au diapason avec son public, le rappeur demande aux jeunes de ne pas embêter les jeunes filles, rares, qui sont parmi eux. Discuter avec son public, l'écouter, le provoquer et blaguer avec lui était déjà une habitude chez Double Kanon du temps de Wahab déjà. Lotfi l'a gardée et l'exploite à merveille. Il enregistre la demande de son public avant de lui suggérer et l'amener à chanter avec lui Leb'har oua l'moudja ouenas haïdja Et les jeunes répondent en reprenant avec lui le refrain. Ils attendront la fin de la chanson pour relancer la demande sur Bled miki, un des titres phares de Kobay, le dernier album de Lotfi.
Mais, grâce à sa maîtrise de la scène, le rappeur réussit à repousser encore la demande. Il se lance dans une discussion avec ses fans dont il exploite le côté «macho» pour faire passer Elm kbir (une science supérieure), une chanson à l'image de Papicha, le titre qui a propulsé le duo Lotif et Wahab et révélé Double Kanon. Le texte dissèque les rapports fille-garçon dans une société où religion et moralité n'étant pas favorables aux relations extra-conjugales obligent les jeunes à composer, tricher et louvoyer pour, tout en préservant les apparences, contourner les principes rigoureux. Après les amours interdites, Lotfi entraîne son choeur vers la dénonciation-condamnation avec Kleb (chiens), une chanson qui prend pour cible les rapaces de la maffia politico-financière dont les crimes économiques n'ont d'égal que l'assassinat du rêve de toute une jeunesse, tout un peuple. Et c'est pour cette jeunesse qui ne voit plus son pays qu'en cauchemar et qui rêve d'un ailleurs pas toujours aussi féerique qu'on le croit que Lotfi chante, pas seulement Bled miki, mais aussi des textes où il parle du crime mondial américain et du racisme et de l'exclusion en France.
En somme, il dit que, si tout n'est pas beau en Algérie, il est cependant plus facile d'apporter, par la force si nécessaire, le changement dans son propre pays que dans un pays où on ne sera toujours qu'un étranger Beau message d'espoir réaliste que Lotfi aura essayé, grâce à l'Etablissement Arts et Culture, de faire passer sur la scène d'Ibn Khaldoun. Mais si l'organisateur a été au top, on ne peut hélas en dire autant du public qui n'a pas toujours fait montre du sens de civisme, de bienséance et de responsabilité qu'on attend d'une génération devant prendre en charge la destinée d'un pays.







Titre "Le message" de Hiroshima et 11-80 feat Amel











titre exclu de lotfi double kanon et la vidéolotfi feat radia de la star Academy 4 en live.
